Travailler avec les bébés en Feldenkrais, illustrationPar Irène Grandadam,« Travailler avec les bébés »

Je suis praticienne de la méthode Feldenkrais depuis plusieurs années avec des groupes d’adultes. Mon intérêt principal s’est porté sur l’exploration des mouvements de développement du nourrisson. C’est en les expérimentant pour moi-même et avec les groupes que j’en ai ressenti toute l’importance, et cela m’a donné envie de transposer ce travail dans des ateliers parents/bébés.

Je me suis également formée au BMC (Infant Movement Development Infant Educator), formation du Body-Mind Centering, pour compléter ma formation autour de la petite enfance.

Cette pratique avec les bébés enrichi au quotidien ma pratique avec les adultes.

1 – AVANT LA NAISSANCE

In utero, le fœtus est constamment en contact avec le liquide amniotique. Ce contact lui permet de sentir son propre mouvement et de sentir également les mouvements de sa mère. Effectivement, le fœtus peut faire toute sorte de mouvements comme se repousser sur la paroi abdominale de la maman, sucer son pouce, jouer avec le cordon, jouer avec ses pieds, faire des roulades.

À sa naissance, le bébé se trouve en relation avec la gravité. Il perd la sensation d’être touché constamment (liquide amniotique), d’être protégé et il ne peut plus faire tout ce qu’il pouvait faire jusque- là. Il doit donc réapprendre ce qu’il savait déjà faire mais cette fois-ci avec la gravité.

2 – HOLDING ET HANDLING

« Le développement du nourrisson ne peut avoir lieu sans être en relation avec la fiabilité humaine du holding and handling (maintien et maniement) », Le bébé et sa mère, Winnicott

Le toucher pour réconforter
Mon travail avec les tout-petits est là pour les aider à retrouver cette sensation de confort, de protection et d’enveloppement (le remettre en flexion est une des premières étapes vers le ré-confort). Le maternage, le portage, les soins du quotidien, au travers du toucher seront des thèmes abordés de manière concrète dans les ateliers.

Le toucher qui donne des limites
Le toucher est aussi un moyen pour lui donner des repères, l’informer sur la limite de lui-même (intérieur/ extérieur). De quelle manière va-t-on présenter l’enfant au monde et le monde à l’enfant ?

Le toucher qui met en mouvement
C’est à partir du toucher et de la sensation que le bébé va pouvoir se mettre en mouvement. On peut aussi par le toucher l’inciter à bouger. L’enjeu se trouve donc dans l’interaction parent/enfant.

3 – LE MOUVEMENT DU BÉBÉ

Dans la peau d’un bébé

Installer un espace de jeu au sol va permettre aux tout-petits de se confronter à la gravité et de passer de l’horizontalité à la verticalité. Le bébé va entrer en contact avec ses sensations et avec le monde environnant par la vue, les sons, la voix, le goût et le toucher. C’est son désir de découvrir le monde qui va l’inciter au mouvement.

Je me suis rendue compte de l’importance de créer un espace de jeu où les parents sont invités à se mettre au sol avec leur enfant et à faire les mouvements que les bébés proposent. Pour les parents, refaire ces mouvements les aident à ressentir, à retrouver des sensations “archaïques”. Dans notre société, l’enfant est constamment emmener dans le monde des grands et là, on propose aux parents de venir dans le monde des enfants.

Ce travail aide les enfants à passer les étapes pour aller vers la marche tranquillement et les parents à accepter le rythme de leur enfant.

Il peut aussi aider certains enfants à revenir par des schémas où ils n’étaient pas passés (rouler, leur donner des appuis sous les pieds pour ramper, connecter le pied et la hanche, le pied et la main). On est parfois obligé de revenir en arrière parce que les étapes ont été accélérées par le désir des parents de voir leur bébé déjà grand.

Souvent, pour les parents, le simple fait de prendre le temps d’observer, de regarder, de communiquer au niveau du tout-petit (au sol), de repérer les étapes du développement, les aide à avoir une meilleure compréhension de leur enfant et une relation plus fluide.

L’importance que l’enfant soit compris et respecté dans sa motricité, dans son développement me semble fondamental.

Quelques exemples :

Une maman vient avec son enfant de 12 mois. Il avait marché très tôt, à 10 mois mais il était tombé et ne voulait plus marcher. Après un premier atelier où nous lui avons redonné des appuis au niveau des bras en s’appuyant sur un banc, ces nouveaux appuis lui ont permis de se remettre à la marche le soir même, à la maison.

Une enfant (7 mois) qui avait été assise trop tôt par ses parents, ne tenait pas dans cette position. Avec les parents, nous avons cherché le chemin pour qu’elle puisse passer seule de la position allongée sur le ventre à la position assise.

4 – À PROPOS DES ATELIERS PARENTS-BÉBÉS

Dans ces ateliers, nous pouvons explorer des choses simples comme : porter son enfant, le changer de position, le passer d’une personne à une autre, s’éloigner tout en le sécurisant (par la voix, le contact visuel…).

L’atelier est au rythme des enfants, au rythme des parents. Certains enfants ont besoin de plus de tranquillité, de prendre plus de temps pour s’adapter à l’environnement et aux autres. L’atelier leur donne ces possibilités grâce à sa régularité et à la présence d’autres enfants et adultes.

Retrouvez Irène Grandadam sur son site.


Article d’ Irène Grandadam. Extrait du Corpus 4, le Bulletin #64
Voici pourquoi j’ai choisi de publier ici cet article, Catherine Chat.