Par Dominique Ménase,« En Imagination », Partie 1

Dans la pratique de la Méthode Feldenkrais™, ce que nous explorons à travers le mouvement, en revisitant nos automatismes, en nous donnant un cadre, des limites, des contraintes aussi, nous fait parfois douter de notre équilibre mental.

Nous ne sommes jamais au réel aussi distordus que nous pouvons nous sentir au cours d’une leçon de Prise de Conscience par le Mouvement™ (PCM). Mais cette étrangeté est une stimulation précieuse pour notre cerveau. Ainsi interpellé, il re-paramètre ses fonctions et élève notre organisation fonctionnelle.

Le travail en imagination(*) est pour cela extrêmement important et d’une efficacité remarquable.

On peut en décrire plusieurs modes. En imagination, « simulation » dit Berthoz, on peut faire appel à une perception de soi. A. Damasio parle de « sentiment » de soi en mouvement ; on peut aussi se référer à une image projetée comme si on regardait un film et d’autres formes sont possibles qui toutes offrent un moyen puissant de favoriser une réparation, une réhabilitation, une préparation aussi.

J’ai eu des dizaines de clients/élèves qui, à la suite d’accidents ou d’opérations, ne pouvaient absolument pas mobiliser la partie blessée ou n’étaient pas autorisés à bouger, parfois ne pouvait pas se bouger eux-mêmes.

L’un d’entre eux, un champion d’escalade, avait eu un traumatisme crânien au ski, un autre skieur l’ayant heurté brutalement. Il s’est retrouvé bloqué à l’hôpital de Grenoble. Il n’avait pas de lésion au cerveau mais il souffrait de terribles maux de tête et les médecins lui avaient ordonné de ne pas bouger.

Lors de l’accident, il avait 17 ans ; les épreuves du Bac mais surtout des épreuves d’escalade pour le championnat de France avaient lieu un mois et demi plus tard. Comme je le connaissais bien pour lui avoir donné des IF et des PCM, ma présence à ses côtés n’aurait rien apporté de plus, nous avons communiqué par téléphone. Je lui ai suggéré de réviser mentalement et de préparer les épreuves d’escalade sans faire le moindre mouvement, tout en imagination.

A la surprise du corps médical, il fut champion de France cette année-là; il a été reçu au Bac avec mention et il a poursuivi ses études à la fac de sport. Des années plus tard, il a soutenu une thèse dans laquelle il a évoqué le travail de Prise de Conscience par le Mouvement. Il a été par la suite trois fois champion du monde d’escalade, il a fait des sommets en Amérique du Sud.

(*) Travail en imagination: ne pas confondre avec travail imaginaire. Définitions du Larousse: Imagination: Faculté de l’esprit d’évoquer, sous forme d’images mentales, des objets ou des faits connus par une perception, une expérience antérieures. Fonction par laquelle l’esprit voit, se représente, sous une forme sensible, concrète, des êtres, des choses, des situations dont il n’a pas eu une expérience directe. Capacité d’élaborer des images et des conceptions nouvelles, de trouver des solutions originales à des problèmes imaginaires : qui n’existe que dans l’esprit, sans réalité, fictif.

La seconde partie de cet article sera publiée le mois prochain. A suivre….


Article de Dominique Ménase. Extrait du Corpus 5, le Bulletin #65.
Voici pourquoi j’ai choisi de publier ici cet article, Catherine Chat