Par Marie-Christine Monmignaut

En mai 2011, Irène Grandadam, collègue praticienne, m’avait prévenue qu’elle organisait un stage de la Méthode Feldenkrais du 15 au 20 août en Auvergne. Le thème : « Autour des mouvements de développement qui sont les mouvements menant à la marche ».

Vivement intéressée, je m’y suis inscrite, d’autant que je ne connaissais pas l’Auvergne, que l’endroit du gîte, non loin du Mont-Dore, et son nom « Le Bonheur dans le pré », semblait fait pour la découverte et le dépaysement.

illustrationNous nous sommes retrouvés six élèves, venus de tous horizons, certains accompagnés de leur famille ne participant pas au stage, mais nous nous retrouvions ensemble pour les repas.

Il y avait Brigitte, de Clermont-Ferrand, amie d’Irène et lui ayant indiqué l’endroit, grande marcheuse, spécialisée dans les ressources humaines, et ayant quelques connaissances de la Méthode.

Anne, également Clermontoise, pratiquant et se formant à la Méthode Pilates, et souhaitant élargir son champ d’expérience dans les méthodes d’éducation somatique, par ailleurs gestionnaire de dossiers financiers et administratifs dans une association spécialisée dans le domaine de la santé. Elle avait eu connaissance du stage par Internet.

Isabelle, musicienne dans l’âme, travaillant notamment dans les crèches pour développer la pratique du chant avec les tout-petits. Amie d’Irène, ayant déjà pratiqué la Méthode et espérant apporter une amélioration à une douleur très ancienne dans son épaule gauche.

Christian, homme d’affaire, demeurant en région parisienne, s’occupant de la gestion de locaux pour développer des activités d’art plastique, et ayant connu Irène quelques années auparavant. C’était sûrement le temps pour lui de découvrir la Méthode. Sa femme Elisabeth l’accompagnait, sans participer au stage physiquement, mais sûrement en pensée.

Olivia, sa fille, médecin, mariée, demeurant en région parisienne, ne connaissant pas la Méthode. Elle était venue avec son mari, Ludovic, et leur petite fille Johana, de deux ans et demi. Que pouvait-on espérer de mieux pour le thème de ce stage que cette petite fille, pleine d’entrain et heureuse de vivre.

Moi-même, praticienne formée à Paris 10, venant pour découvrir l’approche et la manière d’enseigner d’Irène, car nous développons tous notre « style ».

Enfin, Paul, le tout récent propriétaire des lieux qui nous a réservé un accueil chaleureux, attentif à chacun et veillant à la bonne organisation du séjour.

Et bien sûr Irène, sans qui rien ne se serait fait et qui dès le départ a fixé le cadre de notre travail de groupe tout au long de ces 5 jours. C’est toujours un défi d’organiser de tels stages.

Le rythme de trois heures le matin et d’une heure en fin d’après midi était un rythme ni trop pesant ni trop léger. Les leçons de PCM s’accompagnaient parfois de travail à deux ou à plusieurs, donnant ainsi la possibilité de sentir les mouvements et l’organisation d’un autre que soi, d’entrer en contact et en relation par le toucher des mains et de le ressentir, ce qui pour certains était tout à fait nouveau.

Les cercles d’échange après chaque période de cours ont laissé la voie à des moments de partage et de ce fait, non seulement le groupe a pris « corps », mais il s’est naturellement élargi aux non-participants. Ces derniers ont pu très librement exprimer leurs impressions « vues de l’extérieur ». J’ai été heureuse de découvrir que ces temps de « retour » dans lesquels je ne me suis jamais sentie à l’aise, m’ont été vraiment bénéfiques.

Pour couronner l’ensemble, Irène a demandé à chacun de réserver 15 minutes par jour pour écrire, dessiner ou modeler ce que nous avions ressenti, ce mode d’expression, sans parole, nous laissant la liberté de notre création.

J’ai pris le parti d’écrire, car les mots sont aussi des symboles, allant au-delà de leur valeur utile et concrète. Vous trouverez ces quelques lignes plus bas.

Quelques mots sur le gîte. Face au mont du Puy de Dôme, à 1000 mètres d’altitude, il était posé là comme une perle dans son écrin. Venant d’être construit, il pouvait accueillir entre 40 et 50 personnes.

En plus de notre groupe, pendant notre séjour, il y avait un groupe de 18 yogistes. Intrigués par notre Méthode, nous avons échangé sur nos pratiques respectives, démonstration par Irène à l’appui.

Sur le contenu de l’enseignement, il appartient à Irène d’en parler si elle le souhaite. Je ne vais donner que des sensations : prise de conscience de l’avant et de l’arrière, des côtés, d’un mouvement d’ouverture et de fermeture dans une respiration fluide. Sensation d’une structure partant d’un centre pour aller vers la périphérie, et retour vers le centre. Puis émergence d’une ossature digne de la gravité, importance de cette gravité traversant et transformant le mouvement, avec de nouveau la recherche du centre dans cette nouvelle organisation.

Heureusement que notre regard a pu s’accrocher aux roulades faites par Johana, qui avec toute l’agilité de ses deux ans et demi, nous a fait une très belle démonstration du mouvement en synergie complète avec le sol dont elle se servait à merveille.

Bref, nous avons fait des sauts considérables, et en un temps record, dans l’évolution, et nous avons terminés « félins » comme l’a si bien dit Christian !!!

Alors, merci Irène de nous avoir fait partager et transmis ce vécu « feldenkrais », d’avoir su joindre l’utile pour nous à l’agréable, car tout au long de ces cinq jours l’ambiance était à la bonne humeur et au sérieux.

Bravo, le défi a été relevé, et de la plus belle manière.

 

AU FIL DES JOURS

16 août 2011

C’est une eau claire
Avec juste un peu de lumière,
Un très léger mouvement,
Un aller/retour continu, comme le battement d’une nageoire
Ou celui d’un cœur ou d’une respiration.
Tout va devenir possible
Possible dans l’ouverture, possible dans la fermeture,
Un centre puis des extrémités,
Un peu plus de lumière.

17 août 2011

Un brin d’herbe
Finement planté dans la terre
Que le vent vient frôler et entraîner dans sa course.
Il ploie, se déploie,
Se courbe, se décourbe à partir de son centre.
Il se nourrit de l’air, de la terre, du soleil ou de la pluie,
Ouvert à toutes ces influences.

18 août 2011

Là, c’est le rond qui s’installe autour de l’axe central.
Cela donne l’impression d’espace, de balle,
Ce n’est pas encore un animal, il n’y a pas de pattes.
La gravité fait son chemin,
Et cette structure si bizarre fait l’apprentissage de la vie sur terre.
Et comme la vie, foisonnante, elle prend un chemin, puis un autre,
Fait des tours et des détours, revient au centre.
Tout est là, n’attendant que le moment de son épanouissement.

19 août 2011

Maintenant, c’est de l’os, du solide,
Ca s’organise autour, ça va aller vers la verticale, vers les articulations,
Ca se plie et se déplie autrement,
La terre et le sol répondent à ces actions.
L’intention conduit le regard.
Pour nous les hommes, c’est beaucoup plus efficace, mais beaucoup plus compliqué.

20 août 2011

C’est un son, au début cristallin et clair.
C’est une tête chercheuse, juste posée sur le plus petit pivot.
Elle tourne et balaye un large horizon,
Vigilante au moindre changement autour d’elle.
Dans l’instant elle « est prête à ».
C’est sa fonction, sa vie en dépend.


Article de Marie-Christine Monmignaut. Extrait du Corpus 4, le Bulletin #64.
Publié par Catherine Chat.