Le spécialiste distingué en physique théorique David Bohm (1917-1992), une star parmi les étudiants de Robert Oppenheimer, considéré par Einstein comme son « fils intellectuel », et par le Dalaï Lama comme l’un de ses « gourous scientifiques », figurait parmi les pionniers qui ont révolutionné la physique quantique. Le modèle multi- dimensionnel de la réalité de Bohm traite de la totalité de l’existence, incluant la matière et la conscience, comme d’un tout non morcelé : tout comme le domaine des particules discrètes –caractérisé par un degré étonnant d’interconnexions et par une capacité de réponse mutuelle sur des distances énormes –, la ‘réalité’ que nous voyons autour de nous, avec tous ses objets et ses créatures en apparence bien séparés, participe de deux ordres simultanément. Au niveau de l’ordre déplié ou développé de la manifestation matérielle, ce n’est rien de plus que l’apparence superficielle d’un second niveau d’existence « plus élevé » ou « plus profond », –l’ ordre implié ou implicite. Celui-ci peut être décrit comme un champ latent de potentialité ou tout se trouve dans une relation de participation mutuelle avec tout le reste. En final, c’est à partir de cet ordre-là que tout se déplie. « Rien n’est complètement soi-même et son être ne s’épanouit pleinement que dans le cadre de cette participation ».1 Cependant, la plupart d’entre nous a une perception totalement différente de la réalité, parce que nous croyons que la pensée est une représentation fiable de la « vérité » ou de la réalité « environnante ». Bohm a cristallisé son exploration de la nature de la pensée et de la créativité, fruit de toute une vie de travail, dans son Modèle du Dialogue, une sorte de laboratoire pratique pour l’investigation de la pensée en tant que processus ou mouvement actif : « La pensée c’est du mouvement, cependant la pensée essaie également de se cramponner à elle-même et recherche la sécurité. Pour cela, elle rentre plus profondément dans une pensée particulière… » 2 Bloquée dans une forme fixe, la pensée peut se comparer aux « lumières de Las Vegas qui nous empêchent de voir l’univers. »3

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